Des troubles au Kenya ont conduit au déclin de la faune sauvage dans les réserves privées

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Par Sciences et Avenir avec AFP le 21.09.2017

La sécheresse et le vide sécuritaire instauré par les élections au Kenya ont conduit à l’invasion de réserves naturelles privées. Les conséquences sur la faune sont dramatiques.

Au Kenya, les lycaons tout comme les éléphants, les girafes, les buffles ou les lions, ont été frappés de plein fouet par des mois d’invasions illégales de réserves et de ranchs privés notamment sur le plateau de Laikipia (centre). Des éleveurs semi-nomades, parfois armés de fusils automatiques, et leurs dizaines de milliers de chèvres, vaches et moutons sont entrés sur ces terrains.

Des invasions sur fond de sécheresse et d’élections générales 

Alimentée par des considérations politiques et la recherche de pâturages sur fond de sécheresse, cette déferlante de bétail – parfois accompagnée de raids violents contre des habitations ou des propriétaires terriens – a désormais perdu en intensité avec l’arrivée de la pluie et l’achèvement des élections du 8 août 2017. Un temps mort qui permet de faire le bilan de ces invasions. Sur les contreforts du mont Kenya, dans une région considérée comme une « success story » de la protection de la nature, les spécialistes de l’environnement énumèrent les conséquences de ces tristes mois pour la faune sauvage de Laikipia : maladies, déplacements forcés, braconnage et faim.

En tête des animaux touchés, on retrouve les lycaons (Lycaon pictus). Ces canidés ont été décimés par la maladie de Carré qui a probablement été apportée par les chiens des éleveurs. Dedan Ngatia, un spécialiste de cette espèce, a découvert que les 7 meutes qu’il étudiait ont disparu. Jamie Gaymer, un responsable du ranch Ol Jogi, dit avoir vu la dernière meute de lycaons de ce ranch s’éteindre une semaine de juillet 2017. « A l’exception de quelques individus, on peut conclure que la population de lycaons a été effacée« .

Un vide sécuritaire en période électorale qui a favorisé le braconnage

Mais cette espèce fragile n’est pas la seule à avoir été dramatiquement impactée par l’arrivée des éleveurs. Les éléphants, dont les défenses en ivoire sont vendues à prix d’or sur le marché noir, ont également souffert : 84 d’entre eux ont été tués de manière « délibérée » au premier semestre 2017 à Laikipia, contre 75 sur l’ensemble de l’année 2016, selon le programme MIKE qui recense les « tueries illégales » d’éléphants. Pour Max Graham, fondateur de l’ONG Space for Giants, ce scénario n’a rien de surprenant et correspond à « ce qu’i se passe lorsqu’il y a un vide sécuritaire« . « Dès que la stabilité politique s’effondre, les éléphants sont à nouveau tués« .

Autres victimes : les girafes. Plusieurs de ces mammifères ont ainsi été tués, souligne Arthur Muneza, coordinateur Afrique de l’Est de la fondation pour la Protection des girafes, soulignant que Laikipia est un des principaux refuges pour la girafe dite « réticulée » (Giraffa reticulata), dont 80 % des 8.700 individus restants vivent dans le nord du Kenya. Ces animaux ont été tués pour différentes raisons : pour leur viande et pour leur queue – utilisée pour chasser les mouches ou brandie comme symbole de puissance -, mais également en représailles après des combats, ou même parfois utilisées comme cibles d’entraînement.

La réserve privée de Mugie a été une des premières attaquées à Laikipia, fin janvier 2017 : « Nous avons perdu beaucoup d’animaux à cause du braconnage, mais cela n’est rien comparé aux maladies« , raconte Josh Perrett, un des responsables de Mugie. Blâmant les maladies transmises par les tiques se trouvant sur le bétail, il affirme que la population de buffles dans la réserve s’est effondrée de 1.000 à 100 spécimens, et celle des antilopes dites Bubales roux (Alcelaphus buselaphus) de 40 à 7 individus. Il dit avoir un jour découvert un troupeau d’environ 30 impalas morts d’une anaplasmose, infection transmise par des tiques.

Des espèces plus épargnées que d’autres

Les rhinocéros, une des espèces les plus menacées de la région, disposent de gardes armés assignés. Une telle protection a permis leur conservation durant cette sombre période. Les lions ont également été épargnés. Les quelque 250 félins de la région ne semblent pas avoir été tués en nombre, note Alayne Cotterill, fondateur de l’ONG Paysages de Lion, mais ils ont été chassés de leurs territoires. Selon Alayne Cotterill, une poignée seulement de carcasses de lions tués par balles ont été retrouvées, mais il souligne également qu’aucune étude n’a encore été menée sur la question et que ces carcasses pourraient n’être « que la partie visible de l’iceberg« .

Un écosystème qui a besoin de stabilité politique

Mais les chercheurs gardent de l’espoir. Ils sont sûrs que si ces dégâts sont importants, ils ne sont pas irréversibles. Par exemple, en 2006, la maladie de Carré avait déjà décimé les lycaons, mais le peu d’individus y ayant survécu ont développé une certaine immunité à la maladie et formé la base de nouvelles meutes. Mais la survie de la faune de Laikipia nécessite désormais de la stabilité.

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