Vives tensions entre Marineland et les associations de protection des animaux

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Sources: Sciences & Avenir

Depuis l’adoption de l’arrêté qui interdit, entre autres, la reproduction des orques et des dauphins au sein des delphinariums, le parc Marineland et les associations de protection des animaux se livrent à un véritable bras de fer.

L’arrêté adopté au début du mois de mai 2017 et destiné à réglementer les delphinariums français n’arrête pas de faire réagir, dans un camp comme dans l’autre. Le 12 mai 2017, les soigneurs du parc marin ont publié une lettre ouverte concernant l’une des mesures présentes dans l’arrêté. Alors qu’une précédente version du texte signée par l’ancienne ministre de l’Ecologie, Ségolène Royal, autorisait la reproduction des orques et des dauphins captifs, la version finalement adoptée l’interdit formellement.

Le personnel de Marineland mobilisé

Pour les soigneurs de Marineland, « cette décision est choquante car elle apparaît dans un arrêté défendant le bien-être animal alors qu’elle le met en péril« . Ils déclarent également que « c’est une immense tristesse de ne pas envisager de futur pour ces ambassadeurs, ‘porte-parole’ des océans« . Le personnel soignant du parc marin affirme que l’interdiction de reproduction pour le bien-être des animaux est un non-sens : « Comment peut-on parler de bien-être animal en les privant d’un des éléments indispensables à celui-ci ?« , s’insurgent-ils. Ce à quoi la fondation Brigitte Bardot, qui soutient l’arrêté, a répliqué via France Info : « Si les soigneurs du Marineland d’Antibes se préoccupent soudainement de répondre aux besoins naturels des dauphins qu’ils maintiennent prisonniers, alors qu’ils leur offrent enfin la liberté ! « .

Le directeur de Marineland envisage de saisir la justice

De son côté, Jon Kershaw, le directeur de Marineland, qui critiquait cette modification surprise dans le quotidien Var Matin, ne décolère pas : « On envisage un recours à coup d’avocats, je les vois lundi« , a-t-il déclaré à l’AFP. « Je ne sais pas ce qui est possible de faire légalement mais ce qui nous a le plus choqués c’est l’interdiction de la reproduction pour les dauphins. Le reste de l’arrêté, on savait« . Le parc a en effet eu vent environ trois mois avant la publication de la première version de l’arrêté d’une probable interdiction de reproduction entre orques captifs. Ces derniers ont donc été mis sous contraceptifs avant que le verdict ne tombe.

Contacté par Sciences et Avenir, Jon Kershaw déplore : « Je vois le cauchemar qui arrive, je ne sais pas comment nous allons gérer ça avec les animaux. A la base on était content de participer à cette aventure et d’apporter les améliorations nécessaires à leur bien-être« . Il poursuit : « A Marineland, la reproduction des dauphins est 100 % naturelle et nous avons pratiqué une seule fois une insémination artificielle sur une orque. Nous allons devoir donner des contraceptifs aux femelles ou alors procéder à une castration chimique des mâles. Nous pensons minimiser les effets de cette contraception sur les femelles en l’arrêtant périodiquement pour qu’elles puissent ‘cycler’ naturellement. A ce moment-là, il faudra séparer les mâles et les femelles et donc les mères et leurs petits car ils peuvent chercher à se reproduire ensemble« .

Interrogé sur les critiques concernant les spectacles auxquels participent ces cétacés, le directeur tempère : « Je comprends les critiques : ces animaux ne sont pas dans un environnement naturel. Mais ils sont nés en captivité, leur comportement n’est pas le même que celui des animaux nés dans la nature. Pour eux, ces représentations sont naturelles et essentielles, c’est leur gymnastique cérébrale quotidienne. Ils adorent apprendre et réussir« .

Bataille à coup de manifestation et de pétition

L’équipe de Marineland a lancé une pétition, en même temps que la publication de leur lettre ouverte, sur le site change.org dans laquelle il est indiqué que l’Association Européenne des Mammifères Aquatiques (EAAM) exprime son soutien au parc marin. Le texte, qui réclame « au gouvernement français de reconsidérer ce décret et de consulter les experts professionnels d’EAAM, EAZA et AFDPA pour ce qui concerne le bien-être des cétacés« , comptabilise 1410 signatures au moment où nous écrivons ces lignes.

Dans le camp adverse, la mobilisation ne faiblit pas non plus : une cinquantaine d’opposants au parc Marineland d’Antibes ont manifesté le 14 mai 2017 pour réclamer la fermeture de l’établissement. Les manifestants ont scandé « Empty the tanks » (Videz les bassins) et déployé des banderoles demandant la fermeture des delphinariums en France. « On salue l’arrêté mais le combat continue pour nous, les dauphins n’ont rien à faire en détention« , a expliqué Emmanuelle Sultani, de l’association C’est Assez !. « Mais ces animaux n’ont jamais vécu dans la nature. Les remettre en liberté n’est pas faisable et pas souhaitable : ça serait les mettre dehors« , réplique Jon Kershaw.

AST avec AFP

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