Le commerce de cornes de rhinocéros à nouveau légal en Afrique du Sud

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ng_rectangleNational Geographic – 10 Avril 2017

La décision de la Haute Cour signifie que les ventes de cornes de rhinocéros seront bientôt de nouveau légales à l’intérieur du pays. Une nouvelle laissant craindre une accélération du braconnage.

Des rhinocéros blancs paissent dans le ranch de John Hume, l’un des éleveurs de rhinocéros ayant eu recours à la justice pour faire annuler l’interdiction des ventes intérieures sud-africaines de corne de rhinocéros.

Il sera bientôt à nouveau légal d’acheter et de vendre de la corne de rhinocéros en Afrique du Sud. Le Tribunal constitutionnel du pays a rejeté une demande d’appel du gouvernement demandant le maintien d’un embargo sur le commerce en place, confirme le gouvernement sud-africain.

Cela met fin à une longue bataille juridique qui oppose les propriétaires de rhinocéros – qui élèvent des rhinocéros comme du bétail et souhaitent avoir la possibilité de vendre leurs réserves de cornes de rhinocéros – au Département des affaires environnementales (DEA) du gouvernement, l’agence qui avait imposé un moratoire sur le commerce de la corne de rhinocéros en 2009 après une montée en flèche du braconnage. Bien que les tribunaux inférieurs aient donné raison aux éleveurs de rhinocéros, l’interdiction était restée en vigueur le temps que la Cour examine la requête du gouvernement. Plus tôt cette année, sachant que l’appel pouvait être rejeté, le gouvernement avait commencé à se préparer à l’éventualité de la légalisation de ce commerce en publiant une ébauche des nouvelles réglementations le régissant. Ces nouvelles législations prévoient que toute personne ayant un permis pourra acheter et vendre des cornes de rhinocéros et que les étrangers seront autorisés à exporter un maximum de deux cornes à des « fins personnelles. »

L’interdiction du commerce mondial, qui est réglementée par un traité international, reste en place.

L’Afrique du Sud abrite 70 % des 29 500 rhinocéros du monde, une espèce au cœur d’une crise de braconnage. De nombreux défenseurs de l’environnement craignent que la légalisation du commerce intérieur n’exacerbe les problèmes liés à la protection des rhinocéros dans le pays.

« Si ces réglementations sont promulguées, nous assisterons à une hausse significative du braconnage car les braconniers tirent parti de toutes les lacunes importantes pour répondre aux besoins d’une augmentation de la demande de cornes dans l’Extrême-Orient, » racontait à National Geographic plus tôt cette année Morgan Griffiths, membre de l’organisation environnementale WESSA (Wildlife and Environment Society of South Africa).

Les demandes de cornes de rhinocéros viennent principalement du Vietnam et de la Chine, où elles sont façonnées en sculptures précieuses ou utilisées à tort comme stimulant en médecine traditionnelle. Le braconnage des rhinocéros a grimpé en flèche au cours des dix dernières années. L’année dernière, 1 054 rhinocéros ont été braconnés en Afrique du Sud, un chiffre certes légèrement en baisse par rapport à l’année précédente mais encore important en comparaison avec les 13 rhinocéros tués en 2007.

« Ces réglementations sont mises en place pour rassurer les propriétaires privés de rhinocéros et la DEA qui souhaitent vendre la corne sur le marché international, » a déclaré Griffiths. Bien que le gouvernement ait défendu l’interdiction devant les tribunaux, son ministre, Edna Molewa, a indiqué qu’elle était en faveur de la légalisation du commerce comme un moyen de soutenir les efforts de conservation. Les opposants, cependant, soulignent qu’il n’y a pratiquement pas de marché domestique pour la corne de rhinocéros en Afrique du Sud et craignent que toute corne vendue à l’intérieur du pays ne soit acheminée clandestinement hors du pays.

Un porte-parole de la DEA a déclaré que l’agence examine encore la décision et devrait bientôt publier une déclaration sur les conséquences.

Jani Actman a contribué à cet article.

Cet article a été produit par la Special Investigations Unit (Unité des enquêtes spéciales, SIU) de National Geographic qui se concentre la criminalité liée aux espèces sauvages. Pour lire davantage d’articles de la SIU, rendez-vous sur Wildlife Watch. Envoyez vous suggestions, vos réactions ainsi que vous idées d’articles sur ngwildlife@ngs.org.

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