Le cours de l’or détermine l’ampleur de la déforestation du Plateau des Guyanes

Source: La Croix – 24 Mars 2017

Des écologues de Guyane ont mis en évidence une relation étroite entre l’importance de la déforestation du Plateau des Guyanes et le cours du métal jaune depuis l’an 2000. Un problème qui ne peut être réglé que par une coopération politique régionale.

Sur le continent sud-américain, la forêt tropicale humide du Plateau des Guyane est peu fragmentée et couvre 600 000 km2 au Guyana, Suriname, Guyane française ainsi que dans l’État d’Amapa au Brésil. Soit un peu plus que la surface de l’Hexagone.

Mais depuis le début des années 2000, elle subit les ravages de l’orpaillage clandestin malgré, notamment, les opérations militaires menées par l’armée française en Guyane dans le cadre de l’opération Harpie lancée en 2008.

Les fluctuations des cours de l’or influent sur la déforestation

En utilisant pour la première fois les cartes de déforestation annuelles issues d’images satellitaires à haute résolution, les écologues forestiers de Sinnamary (Cirad-CNRS-Université de Guyane), près de Kourou, ont mis en évidence « un lien très fort entre le cours mondial de l’or et la déforestation liée à l’orpaillage illégal, souligne Camille Dezécache, doctorant à l’Université de Guyane et premier auteur de cette recherche publiée dans Environemental Research Letters.

« Lorsque le cours de l’or était en deçà de 400 dollars l’once, voici une quinzaine d’années, environ 2000 hectares de forêts étaient annuellement abattus par l’orpaillage. Quand il a flambé, pour atteindre 1 600 dollars l’once en 2011-2012, la déforestation a touché près de 9 000 ha par an », poursuit l’universitaire. Classique relation de cause à effet en matière d’exploitation minière, légale et illégale, ce lien est également valable à la baisse, comme lorsque le cours de l’or a chuté après 2012.

Les limites du mécanisme de crédits carbone

Ce constat souligne les limites des mécanismes de distribution de crédits carbone (mécanisme REDD +) aux États qui freinent la déforestation. En effet, cette mesure de réduction des émissions de carbone issues de la déforestation et de la dégradation forestière implique une subvention proportionnelle à la quantité de déforestation évitée.

Mais comment distinguer un pays où la déforestation est réellement le fruit d’une politique volontaire, ou bien simplement la conséquence d’un moindre orpaillage clandestin ? Par ailleurs, il existe de très grandes disparités entre les différents pays. Ainsi, aujourd’hui, l’orpaillage explose au Guyana et au Suriname (2 à 3 fois plus important), alors qu’il stagne en Guyane française et en Amapa, du fait de mesures de surveillance et de destruction des sites illégaux.

Les opérations militaires en Guyane française ont contribué à déplacer le centre de gravité des activités d’orpaillage illégal, mais aussi, involontairement, à aggraver la situation de la forêt (1).

Une nécessaire coopération régionale

« Faut-il pour autant limiter la lutte contre l’orpaillage clandestin en Guyane française ?Sûrement pas, répond Bruno Hérault, écologue à la station forestière du Cirad à Sinnamary-Paracou (nord de la Guyane). L’activité aurifère illégale, et avec elle la déforestation, risquerait d’augmenter à nouveau rapidement, en s’ajoutant au niveau régional actuel » (3).

Il est donc nécessaire de renforcer la coopération régionale dans la lutte contre l’orpaillage informel et illégal. « Un problème complexe, car cette coopération se heurte non seulement à des enjeux de souveraineté nationale, mais aussi à des oppositions locales fortes. Les activités aurifères contribuent en effet à une grande part du PIB (15 à 20 %) des pays de la région, notamment au Suriname et au Guyana », conclut le chercheur.

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