Un trafic meurtrier décime les troupeaux d’ânes en Afrique

Sciences & Avenir – 23 Mars 2017

Au même titre que les éléphants pour leur ivoire, les ânes africains sont la cible des braconniers qui exportent ensuite la peau de ces animaux jusqu’en Chine.

Il existe des cibles de la médecine traditionnelle chinoise plus discrètes que d’autres. C’est le cas des ânes africains, victimes d’un trafic aussi meurtrier que juteux. En effet, des milliers de ces animaux sont tués chaque année pour leurs peaux, exportées souvent illégalement vers la Chine. A Mogosani, une petite bourgade de la province sud-africaine du Nord-Ouest, les troupeaux d’ânes sont devenus depuis deux ans la cible de gangs qui les traquent dans les chemins, les champs et jusque dans les étables !

« On n’avait jamais eu ce problème, jusque-là les ânes se promenaient en toute liberté« , s’inquiète un fermier qui possède quelques bêtes, « mais maintenant, on a tous peur de ce qui peut leur arriver« . Ce commerce inquiète au plus haut point la communauté pauvre et largement sans emploi de Mogosani. Car ici, l’âne est indispensable : il tire les charrettes dans lesquelles sont chargés les déchets, le sable ou le bois destinés à être vendus. « Les emplois sont rares ici, les ânes sont une source de revenus. Si vous en possédez un, vous pouvez gagner votre vie« , assure un de leurs propriétaires, Ikgopeleng Tsietsoane, qui a déjà perdu six de ses neufs bêtes.

Des peaux utilisées en médecine traditionnelle et en gastronomie

Aux yeux des contrebandiers, la peau des ânes est devenue une matière première très recherchée. Au même titre que la défense d’éléphant ou la corne de rhinocéros. Si elle n’a absolument aucune valeur commerciale en Afrique, la gélatine qu’elle contient est très prisée des médecins traditionnels chinois qui pensent pouvoir traiter grâce à cette substance l’anémie et la ménopause. Mais la gélatine n’est pas uniquement utilisée pour la médecine dans ce pays : en boisson, elle peut être servie en guise d’apéritif et la viande d’âne alimente les restaurants du nord de la Chine. Globalement, ce commerce international, illégal en Afrique du Sud, se chiffre en millions de dollars, selon les experts.

Principale consommatrice, la Chine a vu sa population d’ânes chuter : de 11 millions de têtes dans les années 1990 à 6 millions en 2013, selon les statistiques chinoises. Alors les amateurs se sont tournés vers l’Afrique pour satisfaire une demande qui, elle, n’a pas fléchi, bien au contraire. Preuve de la vitalité du trafic : la police sud-africaine a saisi en janvier 2017 un stock de 5.000 peaux prêtes à partir pour la Chine. Le pays asiatique, largement accusée a nié toute participation dans ce commerce. « Aucune entreprise chinoise n’importe officiellement de peaux d’ânes d’Afrique du Sud« , a assuré l’ambassade de Chine en janvier 2017 dans un communiqué, après l’importante la saisie.

Un commerce qui devient peu à peu légal

Pour tenter d’enrayer la contrebande, les autorités de la province sud-africaine du Nord-Ouest (qui compte la plus importante population d’ânes d’Afrique du Sud) ont commencé à négocier un accord d’exportation de la peau et de la viande d’âne avec la région chinoise du Henan. « Le but est de susciter des opportunités commerciales pour les gens des régions rurales qui possèdent ces animaux« , plaide Patrick Leteane, responsable pour la province des affaires d’agriculture. Mais la perspective d’un début de légalisation du commerce de l’âne est loin de faire l’unanimité : « Ces animaux sont tués de façon très cruelle, d’un coup de marteau sur la tête ou d’un coup de poignard« , s’indigne ainsi Kabelo Nkoane, de l’Unité de protection équine du Highveld, qui redoute une situation similaire « à celle de la contrebande de rhinocéros« .

Le Botswana et le Kenya ont déjà franchi le pas et exportent désormais en toute légalité leurs peaux d’ânes, bien que cela n’empêche pas le trafic. La Namibie, elle, doit ouvrir prochainement un abattoir pour traiter localement peaux et viande, avant de les envoyer en Chine. Victimes eux aussi d’une chasse aux ânes qui a décimé leur cheptel, le Burkina Faso, le Mali, le Sénégal ou le Niger ont, eux, préféré interdire leur exportation vers l’Asie.

BRACONNAGE & TRAFIC              FAUNE A CHAUD               BIODIVERSITE