Mort d’un rhinocéros à Thoiry : une course contre la montre pour les enquêteurs

Sciences & Avenir + Complément d’enquête LES FELINS- 10 Mars 2017

Les enquêteurs de la gendarmerie de Mantes-la-Jolie sont lancés dans une course contre la montre afin de retrouver les auteurs du meurtre du rhinocéros blanc de Thoiry, avant que ceux-ci ne réussissent à exporter la corne à l’étranger.

ENQUÊTE. Depuis la mort de Vince, un jeune rhinocéros blanc, tué au Parc Zoologique de Thoiry (Yvelines) dans la nuit du 6 au 7 mars 2017, les enquêteurs de la gendarmerie sont lancés dans une course contre la montre pour élucider une affaire « compliquée« . Ils s’efforcent de retrouver sa corne sciée et volée lors de cette attaque inédite en Europe. L’autopsie du rhinocéros a été réalisée mercredi 8 mars 2017 au matin au sein même du parc de Thoiry par deux vétérinaires du zoo. Elle a permis d’extraire les trois balles de calibre 12 (un calibre commun pour les fusils de chasse) de la tête du mammifère.

La gendarmerie traite l’affaire « comme si c’était un meurtre d’humain »

Bien que la dizaine d’enquêteurs de la brigade de recherches de la gendarmerie de Mantes-la-Jolie traite l’affaire « comme si c’était un meurtre d’humain« , comme l’a indiqué à l’AFP la commandante de compagnie, les difficultés ne manquent pas. En effet, il est impossible de donner avec précision l’heure de la mort comme le feraient les gendarmes pour une victime humaine. En cause : l’épaisseur de la peau de l’animal et de l’absence de littérature sur l’évolution de la rigidité cadavérique post-mortem des rhinocéros. « Tout est compliqué, c’est une affaire très, très particulière« , a relevé l’enquêtrice. Les gendarmes ont inspecté le zoo jusque tard dans la soirée du 7 mars. Une enquête de voisinage a aussi été lancée : les gendarmes s’interrogent notamment sur le fait que personne n’ait entendu les coups de feu, alors que cinq membres du personnel habitent dans le parc.

Pour l’instant, même en absence de suspect, « cela ressemble à de la criminalité organisée« , a dit à l’AFP une source proche du dossier. « Il y a probablement un réseau derrière » et « de fortes chances pour que la corne ait été vendue avant d’avoir été volée, (…) un petit peu comme avec les tableaux« . Et face à l’organisation probable du crime, les enquêteurs luttent contre le temps, « sinon, dans trois jours, la corne, elle est en Chine« , craint cette source. Car ce trafic est généralement destiné à des pays asiatiques, dont la Chine et le Vietnam, où la médecine traditionnelle attribue toutes sortes de vertus à la corne de rhinocéros, dont celles de guérir le cancer ou l’impuissance. Et ce marché est particulièrement lucratif : la corne peut se vendre jusqu’à 60.000 dollars le kilo sur le marché noir, soit près de deux fois le prix de l’or. Celle de Vince, d’une longueur d’environ 20 cm, est estimée entre 30.000 et 40.000 euros. Pourtant, la matière qui l’a constitue n’est autre que de la kératine, la même qui compose les ongles humains.

Un fait sans précédent en Europe

Aucun précédent n’a eu lieu dans un zoo en Europe. « Il y a quelques années, il y a eu des vols de cornes dans les salles de vente aux enchères, des lieux d’exposition, mais sur du ‘non-vivant’« , a précisé le responsable du programme Commerce des espèces sauvages au WWF, Stéphane Ringuet. Selon la porte-parole de l’ONG Robin des Bois, Charlotte Nithart, « des défenses ont déjà été volées dans un zoo en Inde, mais l’éléphant n’avait pas été tué et, plus récemment, deux petits rhinocéros ont été tués dans un orphelinat en Afrique du Sud« .

Le zoo de Beauval renforce la sécurité de ses pensionnaires

Ainsi, la mort de Vince relance la question de la sécurité dans les zoos. Si Thoiry compte des dizaines de caméras, aucune ne filme la maison où vivent les rhinocéros la nuit. Au zoo d’Amnéville (Moselle), qui abrite huit rhinocéros, le directeur a indiqué à l’AFP avoir « blindé la zone de caméras et d’alarmes » depuis une alerte d’Interpol en 2011. « Et, depuis mardi, nous travaillons à augmenter la puissance du signal de ces alarmes pour que nos gardiens, où qu’ils se trouvent dans le parc, les entendent immédiatement.« 

Le zoo de Beauval (Loir-et-Cher), qui compte cinq rhinocéros blancs et quatre rhinocéros indiens, avait « déjà renforcé la sécurité » après le vol de petits singes rares en 2015, selon Delphine Delord, directrice de la communication. Thoiry a reçu « des centaines d’appels de soutien du monde entier » depuis le 6 mars 2017. Et, selon son directeur, Thierry Duguet, les deux autres rhinocéros blancs du parc, Gracie, 37 ans, et Bruno, 5 ans, qui se trouvaient près de Vince lorsqu’il a été abattu, « n’ont pas l’air stressés et vont bien« .

De multiples vols en France

A partir de 2010, des cornes, voire des têtes naturalisées entières, disparaissent des musées, salles des ventes, galeries, collections privées et zoos en France et en Europe. En mars 2011, une corne de rhinocéros de 8 kg a ainsi été dérobée au Muséum d’histoire naturelle de Rouen (Seine-Maritime). La même année, c’est le Muséum du Havre qui a lui aussi été cambriolé. Mais, surprise pour les voleurs, la corne exposée était en résine, l’objet d’origine ayant été mis à l’abri par les conservateurs, rapportait à l’époque France Bleu Normandie. A Paris, c’est le musée de la Chasse et de la nature qui a été pris d’assaut, avec un gaz paralysant pour immobiliser les gardiens. Les voleurs ont ensuite arraché sur un trophée la corne d’un rhinocéros blanc. Derrière ces vols, des Irlandais pour la plupart qui s’étaient spécialisés dans des travaux de goudronnage bâclés. Une bonne partie d’entre-eux a finalement été arrêtée en 2013, raconte L’Express.

Mais Vince est le premier animal ainsi tué dans l’Hexagone. « J’espère qu’il s’agit d’un acte isolé, mais je me rappelle que les autorités pensaient la même chose avec les vols de cornes dans des musées ou des salles de vente », explique Stéphane Ringuet. « Je suis étonné que ce ne soit pas arrivé plus tôt, à force de répéter que la corne de rhinocéros vaut une petite fortune », juge Stéphane Durand. Le spécialiste considère qu’il s’agit-là d’une opération commanditée s’appuyant sur un réseau.

L’ENQUÊTE A CHAUD

les enquêteurs ont fait ressortir des noms, ceux des « les Rovers Rathkeale » Criminels Irlandais, l’enquête toujours en cours se dirige de plus en plus vers ces criminels.

En haut à gauche au bas à droite: Michael Hegarty, Danny Flynn, Patrick Sheridan,

Mick Slattery, Daniel O’Brien, Richard O’Brien, John O’Brien

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Une source a déclaré: « Les Rovers Rathkeale ne serait pas assez courageux pour faire quelque chose comme cela, mais avoir l’argent pour payer les autres pour leurs crimes.

« Ils ont des contacts partout dans le monde en raison de leur criminalité et trouveraient sécuriser facilement les services d’un gang de cambriolage expérimenté pour quelque chose comme ça.

« La police française ont identifié un certain nombre de suspects et, évidemment, les Rovers Rathkeale sont élevés sur la liste parce que c’est leur spécialité. »

raid de cette semaine à Paris a également favorisé les parcs de la faune à travers l’Europe pour accroître la sécurité.

Un porte-parole zoo de Dublin a dit: « Le zoo de Dublin est confiant dans ses installations de sécurité de première classe. »

Les criminels irlandais ont déjà essayé d’établir des liens avec Big Game chasseurs en Afrique du Sud dans le but d’acheter des cornes de rhinocéros.

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