L’Afrique du Sud veut formaliser l’exportation de carcasses de lions

Sciences & Avenir / 08 Mars 2017

L’Afrique du Sud réfléchit à un moyen d’exporter légalement 800 carcasses de lions par an vers les pays d’Asie.

L’Afrique du Sud réfléchit à un moyen de formaliser les exportations d’ossements de lions vers les pays d’Asie où la demande est très forte. Dans un communiqué paru fin janvier 2017, l’institution précise qu’elle a pour le moment proposé un quota de 800 squelettes provenant d’animaux élevés en captivité, une pratique légale dans le pays. Selon le communiqué, ce commerce viserait à « s’assurer que cette pratique est viable et non préjudiciable aux populations de lions sauvages. L’étude devrait durer trois ans et bénéficier de contrôles annuels afin d’informer l’autorité scientifique de la viabilité du quota« . Une proposition critiquée par les associations de protection des animaux dont Panthera, spécialisée dans la protection des grands félins. Pour le docteur Paul Funston, directeur du programme Lion à Panthera : « Le quota de 800 squelettes de lions proposé à l’exportation par le gouvernement n’a absolument aucun fondement scientifique« .

Un risque de braconnage pour satisfaire la demande croissante

Alors que le gouvernement redoute que « les os soient prélevés illégalement sur des lions sauvages si la vente d’os provenant de lions élevés en captivités venait à être interdite« , pour l’association, le développement de ce commerce n’aura aucun effet bénéfique sur les populations sauvages qui ne comptent désormais plus que 20.000 spécimens. A l’instar des fermes d’élevage de tigres qui fleurissent en Asie, Panthera redoute que la reproduction et la vente à grande échelle de produits issus de ces félins, mettent en péril les populations sauvages en accroissant la demande. Ainsi, les défenseurs des animaux craignent que, pour alimenter le marché et aussi pour obtenir leur part du gâteau, certains pays voisins ne possédant pas de fermes d’élevage n’hésitent pas à abattre illégalement des lions sauvages. Ainsi, avec la formalisation de l’exportation d’ossements de lions, une vérification des provenances de la marchandise devra être mise en place afin de détecter d’éventuelles fraudes.

Une pratique qui existe depuis 10 ans

L’annonce publique de l’Afrique du Sud ne tend qu’à formaliser une pratique qui se développe depuis 2007. Pour Panthera, ce pays a lui-même mis ces produits à la mode alors même qu’auparavant le marché des os de lions n’existait pas officiellement en Asie. En effet, selon un rapport conjoint du réseau mondial de surveillance du commerce de la faune et de la flore sauvages TRAFFIC et de la Wildlife Conservation Research Unit publié en juillet 2015, dans les années 90, il existait une suspicion : certains morceaux de tigres destinés à la médecine traditionnelle chinoise, provenaient peut-être de lions. La supercherie a été confirmée en 2005 et un article dans le premier média sud-africain affirmait pour la première fois en 2009 qu’un marché légal avait été mis en place entre l’Afrique du Sud et l’Asie du Sud-Est. Les réactions avaient été d’autant vives qu’il avait été confirmé que la Cites (Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction) avait autorisé à plusieurs éleveurs de lions locaux d’exporter des morceaux de squelettes. Il est apparu par la suite que les permis avaient été délivrés un an plus tôt, en 2008. L’Afrique du Sud espère donc officialiser un peu plus une pratique décriée qui existe depuis maintenant dix ans.

BRACONNAGE & TRAFIC              FAUNE A CHAUD               BIODIVERSITE