Ressusciter des espèces disparues serait néfaste pour les espèces vivantes

Sciences & Avenir – 1 Mars 2017

Des chercheurs australiens estiment que ressusciter des espèces disparues pourrait conduire à la réduction des moyens destinés à la conservation de celles encore en vie.

DÉ-EXTINCTION. Avec les nouvelles technologies et les découvertes scientifiques récentes, certains chercheurs s’imaginent déjà faire revivre des mammouths et autres Anomalopteryx sur Terre. Mais face à cette volonté de faire revenir à la vie des espèces éteintes, des chercheurs australiens de l’Université du Queensland tirent la sonnette d’alarme. Dans un article publié fin février 2017 dans la revue Nature Ecology and Evolution, les scientifiques expliquent que jouer aux apprentis sorciers serait potentiellement plus négatif que positif pour la biodiversité. Pas question pourtant ici de spéculer sur de possibles conséquences qui relèveraient de la science-fiction. Les estimations des chercheurs sont purement économiques. Ils partent du principe suivant : pour couvrir les frais engendrés par la réintroduction d’espèces disparues, il faudrait fatalement siphonner le budget alloué à la conservation de celles encore en vie. D’où une façon indirecte de leur nuire.

Des coûts conséquents et pourtant encore sous-estimés

Afin de simuler les coûts de réintroduction d’espèces éteintes tels que le bettongie de Tasmanie (disparu d’Australie depuis 1890) ou encore le pigeon de l’espèce Colomba vitiensis godmanae (disparu en 1850), les chercheurs ont utilisé les bases de données mentionnant les dépenses nécessaires à la conservation de plusieurs animaux menacés de Nouvelle-Zélande et de Nouvelle-Galles du Sud (Etat Australien) dont les besoins sont similaires à ceux des espèces que ces pays veulent « ressusciter ». Sans tenir compte des coûts de développement et d’utilisation des technologies nécessaires à la « dé-extinction » (terme employé par les chercheurs anglo-saxons pour parler de ce phénomène), les scientifiques ont estimé que les dépenses seraient conséquentes, même quand elles sont sous-estimées. « Si les risques d’échecs et les coûts associés à l’établissement d’une population viable pouvaient également être calculés, alors les pertes nettes seraient sûrement bien plus élevées » a déclaré le professeur Hugh Possingham, l’un des auteurs de l’étude.

Sacrifier plusieurs espèces vivantes pour en réintroduire une disparue

Ainsi, réintroduire 11 espèces éteintes en Nouvelle-Zélande dans leur ancien habitat reviendrait à prendre l’argent du gouvernement néo-zélandais normalement consacré à la protection de 31 espèces encore présentes dans la nature. Même constat en Nouvelles-Galles du Sud : réintroduire 5 espèces éteintes équivaut selon les calculs des chercheurs à sacrifier pas moins de 42 espèces encore vivantes mais menacées. Pour Possingham « la dé-extinction peut être utile pour inspirer la science et être bénéfique à la conservation seulement s’il est possible de garantir que cela ne réduira pas les ressources allouées à la protection d’autres espèces« . Mais les budgets dédiés n’étant pas extensibles à l’infini, penser que certaines espèces soient à terme privées de protection n’est pas ridicule. Le docteur Joseph Bennett, un autre auteur de l’étude, a pour sa part un avis plus tranché sur le problème. Il a déclaré au magazine Science  : « Mieux vaut dépenser de l’argent pour les vivants que pour les morts« .

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