Les alliances entre ours et loups n’affectent pas les proies

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Sciences & Avenir Le 15.02.2017

Des chercheurs scandinaves et américains ont découvert contre toute attente que la présence de loups et d’ours dans un même secteur n’avait pas de conséquences négatives pour les proies, au contraire !

ÉQUIPE. Imaginez : vous êtes un animal situé au bas de la chaîne alimentaire. L’environnement dans lequel vous évoluez abrite également des loups mais aussi des ours et ces deux superprédateurs s’entendent plutôt bien. De plus, l’un comme l’autre souhaitent vous manger… Alors bien sûr, vous vous dîtes que votre quotidien ne doit pas être une promenade de santé. Et pourtant ! Des chercheurs américains et scandinaves ont découvert que la présence d’une meute de loups (Canis lupus) et d’ours bruns (Ursus arctos) dans un même écosystème n’affectait pas les populations de proies. Selon les résultats de la recherche publiés le 8 février dans la revue Proceedings of the Royal Society B, il y a même moins d’animaux tués pour servir de repas durant les périodes où loups et ours cohabitent.

Ours et loups au parc de Yellowstone. © Daniel Stahler – National Park Service

La prédation des loups diminue en présence des ours 

Pour faire cette découverte, les chercheurs se sont basés sur de nombreuses observations effectuées en Scandinavie (Europe) et dans le parc national de Yellowstone (Etats-Unis). Lorsque les ours n’hibernent pas, ils préfèrent s’accaparer le fruit de la chasse des loups. Pour les chercheurs, il paraissait donc évident qu’une fois leur repas confisqué par les ours, les canidés repartaient en quête d’une nouvelle proie afin de se sustenter. Cependant, en utilisant le laps de temps séparant la mise à mort de deux proies comme mesure, les scientifiques ont découvert que les loups ne repartaient pas plus rapidement à la chasse. Les résultats de l’étude démontrent même l’effet inverse : en Scandinavie comme à Yellowstone, la prédation diminue avec le retour des beaux jours et donc des ours.

Une communauté de prédateurs

Les loups ne cherchent donc pas à compenser la perte de nourriture en chassant plus régulièrement. Ainsi, la présence de ces deux superprédateurs n’a pas une influence négative sur l’abondance des proies, au contraire. Pour expliquer ce résultat inattendu, les chercheurs ont avancé plusieurs explications encore au stade d’hypothèses. Il est possible qu’au lieu de perdre à nouveau de l’énergie dans une chasse (durant laquelle ils reviennent bredouille plus d’une fois sur deux), les loups préfèrent retourner à leur butin une fois que les ours ont le dos tourné. Autre explication possible : la durée entre deux séances de chasse est plus longue car, en présence des ours, les loups prennent plus de temps à débusquer des proies (peut-être plus sur la défensive ?). Pour les chercheurs, cette étude démontre toute la complexité des relations trophiques d’un écosystème « qui dépendent aussi de la composition de la communauté de prédateurs« .

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